Dans le huis-clos de la prison de Fresnes, l’enfer, c’est la chaleur

Le 28 mai 2026, je me suis rendue à la maison d’arrêt pour hommes de Fresnes, aux côtés d’une équipe de BFMTV, pour constater l’impact concret de la canicule sur les conditions de vie des détenu·es. Derrière la monumentale porte bleue, l’établissement val-de-marnais accueille aujourd’hui au total 2 540 détenu·es pour 1 700 places, soit un taux d’occupation de 168 %.  Chaque jour entre 3 et 15 nouvelles personnes entrent en détention, souvent pour quelques années. 

A l’entrée de la prison de Fresnes

Dans ce vieux bâtiment, la chaleur devient insoutenable aux derniers étages

Cette surpopulation chronique rend tout plan de rénovation structurelle quasiment impossible et pèse sur chaque geste du quotidien, pour les détenus comme pour les agent·es.

Construit sous le deuxième courant hygiéniste, en 1898, le bâtiment présente de hauts plafonds, ce qui limite en partie l’accumulation de chaleur. Les cellules sont équipées de lavabos et de toilettes, sans matelas au sol. Mais ces atouts architecturaux et hygiéniques ne suffisent pas face à des épisodes caniculaires qui se répètent. 

Vue du bâtiment nord, avec ses quatres étages de cellules.

L’administration pénitentiaire met en œuvre un « plan vague de chaleur » : distribution de kits (bouteilles d’eau, bobs pour les promenades, serviette), affichage des recommandations sanitaires, suivi renforcé des personnes les plus fragiles par l’unité sanitaire et dons de ventilateurs aux détenu·es indigent·es. Ces mesures restent pourtant des rustines dans un établissement saturé, où la chaleur devient insupportable dans les derniers étages avec un effet de serre lié à l’architecture du bâtiment. 

Au quatrième et dernier étage, je m’entretiens avec des détenus qui confirment ce sentiment : la chaleur est insoutenable en période de canicule, dans des cellules d’une dizaine de mètres carrés, où ils passent quasiment toute la journée, à trois, et où ils tentent de limiter la température en couvrant la fenêtre et en installant un ventilateur.  

Dans une cellule du quatrième étage, les détenus tentent d’empêcher le soleil de cogner.

Un parcours de soins fragilisé par le manque de personnel

Le système de santé au sein de la prison illustre tout particulièrement ces tensions. Le bureau des arrivants, pourtant première porte d’entrée sanitaire, est moisi, simplement repeint, avec une odeur tenace qui donne une image d’abandon. Sur les huit postes de praticien·nes hospitaliers, dentistes compris, seuls deux sont pourvus, épaulés par des médecins remplaçants (diplômé·es hors Union européenne, une preuve de plus que ceux-ci tiennent notre système de santé) qui ne restent pas. J’ai noté ceci dit la présence d’un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie dans les murs de la prison et la singularité de cette maison d’arrêt, seule en France à disposer d’une unité hospitalière rattachée, que je visiterai prochainement.

L’une des praticiennes témoigne : être médecin en prison souffre d’une image d’« incompétence », alors qu’il s’agit d’un choix professionnel, intéressant et nourri par une riche expérience humaine. Les extractions vers l’hôpital – quatre par jour en théorie – sont, elles, fréquemment annulées pour des raisons de sécurité, avec parfois des pertes de chances graves pour les patient·es.

A l’infirmerie, des affiches indiquent les gestes recommandés face à la canicule, mais aussi pour prévenir les infestations de punaises de lit

Un détenu nous confie sa préoccupation : la santé mentale, nœud aveugle du système, n’est pas suffisamment prise en compte. Et il manque des unités pour malades difficiles. Pour preuve, le nombre de suicides (11 en 2024) qui heureusement diminue (3 en 2025) grâce à la mobilisation du personnel. Mais, faute de places et de personnels au sein de l’unité médico-psychiatrique de rattachement, la « camisole chimique » demeure trop souvent la réponse par défaut. 

La vétusté des installations appelle une rénovation d’urgence

À ces enjeux sanitaires s’ajoutent les contraintes matérielles qui pèsent lourdement en situation caniculaire : absence de frigo dans les cellules (dont l’installation supposerait la rénovation de tout le système électrique), douches (collectives) non quotidiennes car il y a tout simplement trop de monde, infestation chronique de punaises de lit et présence de rats malgré un plan hebdomadaire de désinsectisation et de piégeage. 

Les agents, qu’ils soient surveillants, soignants ou travailleurs sociaux, ne sont eux-mêmes pas en nombre suffisant, avec un taux d’occupation des emplois à seulement 83 % des effectifs théoriques. Le service pénitentiaire d’insertion et de probation, dimensionné à 1 conseiller pour 85 personnes suivies au lieu de 1 pour 65, l’illustre malheureusement. Grâce à son engagement pourtant, 20 % des détenu·es travaillent. Et la direction prévoit un nouveau projet innovant pour améliorer l’insertion dans les prochains mois.

Cette visite confirme que la canicule agit comme un révélateur : elle exacerbe une crise ancienne faite de surpopulation, de manque de moyens humains et financiers, et d’un report incessant d’une rénovation urgente du bâtiment, malgré l’engagement du président de la République en 2018. Si des équipes engagées tiennent encore l’édifice, elles le font au prix d’un effort constant et d’une grande solidarité. Rappelons que la dignité en prison n’est pas un luxe : c’est une condition minimale d’un État de droit, en particulier face au changement climatique.

Une cour de promenade. Les détenus ont droit à 2h de promenade par jour, le matin ou l’après-midi.

Pour aller plus loin : 

– La fiche du ministère de la justice : https://www.justice.gouv.fr/annuaire/fiche/centre-penitentiaire-de-fresnes

– La fiche de l’observatoire international des prisons (OIP) : https://oip.org/etablissement/centre-penitentiaire-de-fresnes/

– Le dernier rapport de l’OIP sur la maison d’arrêt (2017) : https://oip.org/publication/rapport-maison-darret-de-fresnes-etat-des-lieux/

– Le reportage de Alexandra Gonzalez et Jeremy Paoloni pour BFMTV : https://x.com/BFMTV/status/2060229643316179214/video/1

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