Visite de l’établissement pénitentiaire pour mineurs de Porcheville

Le 30 octobre 2024, je me suis rendue dans l’établissement pénitentiaire pour mineurs (EPM) de Porcheville, accompagné de ma collègue, la sénatrice des Yvelines Ghislaine Senée. 

Cette visite fait suite au suicide d’une jeune homme agé de 16 ans le 18 août de cette année au sein de sa cellule dans l’établissement. La mort de ce jeune a été un choc non seulement pour le personnel de l’établissement, mais aussi pour moi-même. En effet, le suicide en détention d’un mineur est un drame qui remet en question l’ensemble du système pénitentiaire et sa capacité à répondre aux besoins psychologiques de ses jeunes occupants. Lors de notre visite, j’ai pu échanger avec plusieurs détenus, et leurs témoignages ont révélé une réalité alarmante. Un jeune m’a confié que l’adolescent qui s’est donné la mort avait, depuis plusieurs jours, montré des signes de détresse psychologique, mais que rien n’avait été fait pour l’aider. 

Ces échanges ont été très révélateurs. Un autre jeune a également souligné l’absence de la psychologue au moment de la tragédie, confirmant ainsi un manque de suivi dans la prise en charge des mineurs en détention. En consultant le rapport du Contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL) publié en juillet 2024, il est apparu que le poste de pédopsychiatre était vacant depuis 2020, rendant ainsi l’accès à des soins adaptés pour ces jeunes encore plus difficile.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2019, l’établissement comptait 289 consultations psychiatriques, un chiffre qui a chuté à seulement 3 en 2023. Cette réduction spectaculaire du suivi psychiatrique est inacceptable et témoigne d’un abandon des jeunes en détention, dans un contexte où les problèmes de santé mentale ne cessent d’augmenter dans la population générale. En effet, toutes les associations et les organismes alertent depuis des années sur la détérioration de la santé mentale des jeunes, exacerbée par des facteurs tels que la précarité familiale et sociale. Les mineurs incarcérés dans des établissements pénitentiaires, comme ceux de Porcheville, proviennent souvent des classes populaires, et beaucoup appartiennent aux fractions les plus marginalisées de ces milieux. Ce contexte socio-économique difficile les rend particulièrement vulnérables sur le plan de la santé. Ces jeunes sont plus exposés à des risques sanitaires en raison de leur parcours chaotique, souvent marqué par des situations de précarité, d’errance ou de cavale avant leur incarcération. En outre, leur accès aux soins est généralement limité, exacerbant ainsi leurs problèmes de santé. 

La nécessité d’un suivi psychologique adéquat

Il est impératif de rappeler que les jeunes détenus sont souvent issus de milieux fragiles et en détresse. L’absence de pédopsychiatre et de psychologues capables de les écouter et de les aider à gérer leur détention représente une faille dans le système. Lors de ma visite, il est devenu évident que la santé mentale des jeunes est souvent négligée, ce qui peut avoir des conséquences fatales. Les jeunes détenus doivent bénéficier d’un accompagnement régulier et de consultations adaptées pour les aider à surmonter leurs traumatismes.

Il est également essentiel d’intégrer davantage d’éducateurs spécialisés pour établir une relation de confiance avec ces jeunes. En effet, comme l’a souligné un éducateur lors de notre visite, la rotation fréquente des détenus rend difficile la création de liens significatifs, ce qui peut aggraver le sentiment d’isolement chez ces jeunes. Une relation de confiance est essentielle pour qu’ils puissent exprimer leurs souffrances et leurs préoccupations sans crainte de jugement.

Des mesures de sécurité et d’urgence inadaptées

En cas d’urgence, l’établissement a mis en place des cellules spécialisées pour éviter les risques suicidaires. Bien que ces cellules soient nécessaires, leur utilisation soulève des questions éthiques. Dans ces espaces, les jeunes sont placés dans des conditions extrêmes, avec des vêtements de sécurité et un environnement dépouillé. Si ces mesures peuvent prévenir les actes impulsifs, elles ne remplacent pas un suivi psychologique régulier. De plus, ces cellules sont conçues pour un usage temporaire, et il est inacceptable qu’un jeune se retrouve enfermé dans de telles conditions pendant une période prolongée.

L’absence de moyens adaptés pour les détenus non francophones est également un problème. Les surveillants sont souvent sollicités pour traduire lors de consultations médicales, ce qui fragilise le secret médical et complique l’accès à des soins appropriés. Il est essentiel de garantir que chaque jeune puisse communiquer librement avec les professionnels de la santé sans obstacles linguistiques.

Grande cause nationale, pas pour tout le monde…
La santé mentale est affichée comme une priorité nationale, mais force est de constater qu’elle ne bénéficie pas à tous de manière égale. Les mineurs incarcérés, en particulier, restent largement exclus des dispositifs qui devraient pourtant leur être accessibles. Les chiffres soulignent un désintérêt systémique pour la santé mentale des jeunes détenus – et des détenus de manière générale – alors qu’ils appartiennent à une population particulièrement vulnérable, cumulant des traumatismes, des situations d’exclusion sociale, et un accès déjà limité aux soins avant leur incarcération.

Cette inégalité flagrante révèle que, derrière des beaux slogans ou autres éléments de communication, la santé mentale n’est pas une priorité pour tout le monde. Les jeunes en détention, souvent issus des milieux les plus précaires, ne peuvent pas compter sur un système qui leur tourne le dos. Une véritable prise en charge suppose des moyens concrets : la réintroduction de pédopsychiatres dans les établissements, l’augmentation du nombre de psychologues, et une réforme structurelle qui intègre enfin ces jeunes dans les politiques publiques de santé. Si nous voulons réellement faire de la santé mentale une « grande cause nationale », cela doit inclure les populations les plus fragiles, y compris celles qui se trouvent derrière les murs d’une prison.

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