La santé communautaire, une priorité pour mettre fin à l’épidémie de VIH/sida

Le 1er décembre, à l’occasion de la Journée mondiale de lutte contre le VIH/sida, il a fallu rappeler une vérité qui doit être au cœur de notre politique de santé publique : l’épidémie de VIH ne se résorbera que si nous faisons le choix de politiques courageuses, avec un portage politique fort. La santé communautaire, avec ses actions de proximité et son rôle clé pour les populations les plus exposées, est indispensable à la réussite de cette lutte. Pourtant, dans notre pays, les réponses apportées restent insuffisantes et dérisoires face à l’ampleur du défi. Ce constat est d’autant plus préoccupant que l’épidémie est loin d’être éradiquée.

En cette journée mondiale de lutte contre le VIH/sida, il est impératif de rappeler que l’épidémie ne recule que si nous faisons le choix de politiques courageuses.

Anne Souyris (@annesouyris.bsky.social) 2024-12-01T21:40:24.045Z

AIDES : 40 ans d’engagement pour la santé communautaire

Lors de l’inauguration de la nouvelle antenne de AIDES à Paris, j’ai eu l’occasion de voir de près l’impact du travail accompli par l’association. AIDES, depuis 40 ans, est un acteur majeur dans la lutte contre le VIH, les IST et les hépatites, en particulier auprès des populations les plus vulnérables. Cette nouvelle antenne, située rue de Cléry, au cœur de Paris, incarne une approche communautaire qui répond à des besoins concrets : de la prévention, du dépistage, de l’accompagnement social et des actions de réduction des risques. Mais cette initiative ne pourra continuer à prospérer que si elle bénéficie du soutien nécessaire. En dépit de son efficacité, l’association est régulièrement confrontée à des obstacles administratifs et à un manque de financement qui freine son action.

La santé communautaire ne doit pas être vue comme un ajout aux politiques de santé publiques, mais bien comme l’axe principal pour combattre le VIH, car elle répond spécifiquement aux réalités de populations exposées, que les structures publiques classiques ne peuvent pas toujours atteindre. Les maraudes, les actions «hors les murs», le soutien psychosocial et les accompagnements individuels sont des réponses concrètes qui permettent d’atteindre ceux qui n’ont pas accès aux soins. Ces initiatives sont un modèle que nous devons soutenir et amplifier, et non une option secondaire.

Le Bus des Femmes : un engagement sans faille pour les travailleuses du sexe

La même dynamique de santé communautaire s’est concrétisée avec l’inauguration du nouveau Bus des Femmes. Après 20 ans de service, ce bus entièrement électrique symbolise un tournant décisif dans l’accompagnement des travailleuses du sexe, un public trop souvent invisible et exclu des politiques sanitaires traditionnelles. Le Bus des Femmes est un modèle de solidarité, avec une mission claire et nécessaire : offrir un accès aux soins, à la prévention, à des conseils juridiques, et à des droits fondamentaux. C’est un outil concret de lutte contre l’isolement et l’exclusion des travailleuses du sexe, qui, à travers ce bus, peuvent bénéficier de services qui leur sont spécifiquement destinés, et ce, en toute confidentialité et dignité.

Ce bus n’est pas qu’un moyen de transport, il incarne une politique de santé publique directement à l’écoute des réalités sociales des personnes concernées et, à l’initiative de sa fondatrice Lydia Braggiotti, avec elles. Lors de l’inauguration, j’ai souligné l’importance de continuer à soutenir de telles initiatives, car elles répondent à un besoin précis et urgent. Grâce à lui, de nombreuses femmes, souvent ignorées des politiques sanitaires classiques, peuvent enfin accéder aux soins, à la prévention, et à des services adaptés à leurs besoins. Mais encore une fois, cet engagement ne doit pas être une exception : il doit être reproduit, amplifié, et soutenu par les pouvoirs publics.

A Paris, nous avons il y a deux semaines inauguré le nouveau Bus des Femmes 100% électrique !

Anne Souyris (@annesouyris.bsky.social) 2024-12-17T21:24:03.288Z

Les centres de santé d’approche communautaire entrent (presque) enfin dans le droit commun !

Quand-même une bonne nouvelle ! Les centres de santé d’approche communautaire sont en passe d’entrer dans le droit commun. Aujourd’hui en expérimentation, le vote du budget de la sécurité sociale pour l’année prochaine prévoyait de les inscrire dans le code de la santé publique, article voté à l’unanimité dans les deux chambres. J’ai défendu ces centres de santé communautaire dans l’hémicycle, en rappelant qu’ils doivent devenir les pierres angulaires d’un prochain réseau territorial pour la prise en charge des personnes pratiquant le chemsex. Nous attendons toujours le plan national ! Rendez-vous début 2025 pour le budget de la sécurité sociale !

Des choix qui fragilisent la lutte contre le VIH

Ce qui est particulièrement alarmant, c’est que pendant que ces initiatives se battent pour exister, l’État, au lieu de soutenir et de renforcer ces actions, opère un renoncement en matière de santé publique. Les restrictions sur l’Aide Médicale d’État (AME), qui permet à des milliers de personnes migrantes d’avoir accès aux soins, sont une attaque directe contre les principes de solidarité et d’universalité. Les politiques publiques, au lieu de se concentrer sur l’accompagnement des populations les plus vulnérables, semblent se tourner vers des solutions d’exclusion, de réduction des droits et d’inefficacité face à l’urgence sanitaire.

Au-delà des restrictions sur l’AME, c’est également des renoncements sur la santé “communautaire”, mot qui hérisse au plus haut de l’Etat. Nous attendons toujours une stratégie nationale qui manque sur le chemsex, qui touche particulièrement les jeunes hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes. J’ai défendu un financement pour lancer cette stratégie nationale lors de la discussion du budget. Alors que cette pratique continue de se répandre, il est inquiétant de constater l’absence de politique ciblée pour y faire face. Les associations comme AIDES et d’autres acteurs communautaires mènent des actions efficaces sur le terrain, mais elles ne peuvent pas remplacer une politique publique cohérente et ambitieuse, avec des moyens dédiés, notamment pour une mise en réseau des acteurs et des professionnels, dans tous les territoires.

Le rôle crucial de la politique de santé communautaire dans l’avenir de la lutte contre le VIH

C’est en repensant notre modèle de santé publique, en soutenant les initiatives communautaires, et l’accès aux droits et le droit à la santé comme principes fondamentaux, que nous pourrons réellement espérer voir la fin de l’épidémie de VIH. Le droit à la santé ne se négocie pas. Il doit être garanti pour tous, sans exception. Il est temps que la France renoue avec ses engagements en matière de santé publique, et place les populations vulnérables au centre de ses priorités.

La lutte contre le VIH ne peut se résumer à un simple discours de prévention ou à des mesures ponctuelles. Elle nécessite un changement de cap profond, une réaffirmation des principes de solidarité et une mobilisation sans relâche pour garantir à chacun l’accès aux soins, à la prévention et aux droits. C’est cette approche globale, fondée sur la santé communautaire avec les premier·es concerné·es, qui nous permettra d’enfin atteindre cet objectif : mettre un terme à l’épidémie de VIH.

Le droit à la santé n’est pas négociable, quelque soit le statut administratif.

Anne Souyris (@annesouyris.bsky.social) 2024-12-01T21:40:24.049Z

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