Sortir le plomb du silence

De Notre-Dame de Paris à Exide en passant par Metaleurope, les écologistes rejoignent les luttes ouvrières du XXe siècle contre le plomb, toxique notoire et présent partout dans notre environnement, y compris au Palais du Luxembourg… Avec Metaleurope, nous avons montré que nous pouvions gagner contre les industriels et appliquer le principe pollueur-payeur. A Lille, nous avons dit : le pollueur Exide doit payer. Au Sénat, je persiste et signe : nous devons sortir le plomb de la cuisine des poisons !

L’affaire EXIDE : un scandale sanitaire d’Etat

A Lille, je me suis rendue dans le quartier de l’usine Exide, fabricant des batteries au plomb pour voitures depuis le début du XXe siècle, qui pollue l’environnement et met en danger les habitant·es des 400 logements voisins de l’installation. Alors que les pouvoirs publics ont tardé à prendre en compte le risque plomb et ont mis en place des mesures inadaptées, les écologistes et les habitant·es se sont mobilisé·es.

Avec le concours du chercheur Alexander van Geen, professeur à l’université de Columbia et spécialisé sur la question du plomb, le groupe politique « Lille Verte » et l’association « APRÈS ! 59 » ont réalisé une campagne de prélèvements citoyens d’échantillons des sols de la « zone Exide » et de ses alentours, avec près de 100 échantillons analysés par un laboratoire. Sur ces 100 résultats rendus publics ce jeudi 12 septembre, 31 sont supérieurs à 300 mg/kg, la valeur d’alerte du Haut conseil de la santé publique, et 13 supérieurs à 1000 mg/kg, le seuil défini par la préfecture du Nord sans considération sanitaire.

J’ai ainsi saisi la commission nationale de la déontologie et des alertes en matière de santé publique et d’environnement (cnDaspe) sur cette pollution, afin de demander des mesures immédiates pour garantir la santé des riverains. Le refus des services centraux de l’Etat d’apporter une aide technique à la préfecture du Nord pour protéger la santé et l’environnement a entraîné une action publique inadaptée, donc dangereuse. Il apparaît ainsi que les pouvoirs publics n’ont pas pris en compte à leur mesure le risque d’exposition au plomb de la population, ce qui pourrait constituer une faute engageant la responsabilité de l’Etat, et que cette gestion entraîne un préjudice grave pour la population vivant dans et aux alentours de la « zone Exide ». 

Si la commission nationale confirme notre crainte – que l’Etat a failli à protéger la population des risques du plomb comme il l’a fait à Metaleurope – cette affaire constituerait un scandale sanitaire d’Etat. Nous avons également interpellé notre nouveau premier ministre, M. Barnier pour lui demander davantage de transparences de la part des services de l’Etat.

Renforcer la lutte contre la présence de plomb dans l’environnement

Face à l’impunité des industriels et des décideurs qui remettent du plomb dans l’environnement, j’ai déposé avec le groupe écologiste une proposition de loi visant à renforcer la lutte contre la présence de plomb dans l’environnement. 

Elle entend renforcer le dispositif de prévention de l’intoxication infantile au plomb et la détection de sources d’exposition. Elle recentre sur des enjeux sanitaires la définition des seuils déclenchant les mesures de police administrative et elle encadre les politiques conduites lorsque du plomb est détecté dans l’environnement extérieur, comme à Lille. Enfin, elle interdit l’usage du plomb laminé dans le bâtiment.

Nous insistons enfin sur la nécessité de renforcer les mesures de lutte contre le plomb déjà présentes dans la législation et la réglementation. Le constat de risque d’exposition au plomb (CREP), introduit en 2000, qui mesure la concentration en plomb des revêtements des logements construits avant 1949 (date de l’interdiction des peintures au plomb) et entraîne des obligations de travaux en présence significative de plomb dans les cas de location et de vente de biens, doit aussi être renforcé et élargi aux autres sources d’exposition présentes dans les logements, comme les eaux, les tuyaux et les environnements extérieurs (sols des jardins par exemple).  

Enfin, la lutte contre la contamination de la population au plomb ne pourra être efficace sans une formation, une sensibilisation et une mobilisation adéquates des professionnels de santé, en particulier des médecins et des conseillers médicaux en environnement intérieur. Un plan d’action, construit avec les collectivités territoriales, les chercheurs et les associations concernées, comme l’association des familles victimes de saturnisme (AFVS) et l’association Robin des bois, permettra, si le Gouvernement affirme sa volonté de s’attaquer aux enjeux du plomb, de lutter contre la présence de ce toxique dans les habitats et dans les environnements extérieurs et ainsi de réduire l’exposition de la population à cette substance.

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