La défenseure des droits réclame l’ouverture d’HSA à Paris : une décision historique pour les droits des usager·es de crack

Le 19 août, la Défenseure des Droits rendait une décision relative aux atteintes aux droits et libertés fondamentaux liées à la gestion d’une scène de consommation de crack, avec plusieurs recommandations. 

Elle souligne dans ce  texte l’importance cruciale de poursuivre et renforcer une politique de santé, d’hébergement et de réduction des risques pour les consommateurs et consommatrices de crack, dans la poursuite des actions mises en place par la Ville de Paris et à rebours du tout-sécuritaire prôné par l’ancien préfet de police.

Ainsi, le développement et l’augmentation de places d’hébergement avec le dispositif ASSORE  mis en place par le plan crack parisien en 2018 représentent une étape cruciale pour accompagner les personnes en situation de dépendance au crack vers une réinsertion durable, en offrant un lieu de vie stable et sécurisé. Sans un hébergement adapté, les efforts de réinsertion et de traitement des addictions risquent de se heurter aux réalités de la rue, où la précarité et l’insécurité exacerbent les comportements de consommation. 

Comme le rappelle cette décision, le développement de nouvelles Haltes Soins Addiction (HSA) apparaît comme une réponse incontournable pour faire face à la problématique croissante de la consommation de crack en rue. Ces salles de consommation permettent aux usagers et usagères de crack de consommer des drogues en toute sécurité, dans un environnement propre, avec du matériel stérile et donc éviter les infections par le VIH ou les hépatites. Selon l’étude sur l’évaluation des salles de consommation à moindre risque (SCMR ; devenues HSA par une réforme législative de 2021) de Paris et de Strasbourg, les usager·es ont moins de pratiques à risque (échange de matériel d’injection usagé), font moins d’abcès, ne font plus d’overdose fatale, passent moins par les urgences, s’injectent beaucoup moins dans l’espace public et commentent beaucoup moins de délits en comparaison à ceux qui ont une fréquentation basse ou pas de fréquentation de la SCMR. 

La défenseur montre à quel point, le déplacement des usager·es ne sera jamais une solution, ni pour les usager·es, ni pour les riverain·es. Les personnes en situation de rue et de dépendance ne cessent pas leur consommation et se retrouvent contraintes de trouver sans cesse de nouveaux lieux en rue ou dans les cages d’escalier, souvent encore plus précaires, exacerbant ainsi leur vulnérabilité. C’est ce que je rappelais lors d’un troisième petit-déjeuner du cycle addiction que j’organisais le 25 septembre au Sénat autour de la question “Quelle politique sanitaire pour les drogues”. 

Aux côtés d’Elisabeth Avril, médecin et directrice de l’association Gaïa-Paris, Léon Gomberoff, psychologue et directeur territorial de l’association Aurore-Paris Nord – qui supervisent tous deux l’espace de repos de Porte de La Chapelle (et également la SCMR de l’Hopital Lariboisière pour GaÏa) – ainsi que de Marie Jauffret-Roustide, sociologue, nous avons souligné que l’approche répressive contribuait à la stigmatisation des usager·es et à leur marginalisation sociale, rendant plus difficile leur accès aux soins et aux dispositifs de soutien proposés par les autorités sanitaires ou locales, comme la Ville de Paris et l’ARS.

Ce sont des solutions pérennes qu’il faut mettre en place pour en finir avec les scènes de consommation à ciel ouvert, par la création d’espaces de repos, de nouvelles HSA, et d’hébergements afin de permettre l’intégration des usager·es dans un parcours de socialisation, de soin, avec un accompagnement social intégré. A ce propos, la Déléguée à la Prévention, à la Sécurité, à la Police municipale, et à la Vie nocturne du Xème arrondissement rappelait que la SCMR constituait une avancée visible pour la santé des consommateurs et la sécurité des habitant.e.s du quartier depuis bientôt 8 ans. “Ce sont entre 70 000 à 75 000 injections qui ne se sont pas faites dans la rue” disait Elisabeth Avril à propos des injections dans la salle de consommation.

C’est par la mise en œuvre assumée d’une politique de réduction des risques et des dommages que l’on favorisera sur le long terme la sécurisation de l’espace public. C’est en améliorant et en augmentant considérablement les capacités des dispositifs existants afin d’élargir les offres de soins et d’accompagnement médico-social pour en disposer de manière suffisante, avec un support financier de l’Etat, que le « problème » sera réglé. 

La Défenseure des Droits pointe ainsi la « seule responsabilité de l’Etat» dans « les carences structurelles de la politique de réduction des risques et des dommages, et notamment des dispositifs à destination des usagers de crack». La guerre à la drogue, la seule politique en matière de drogue de ce gouvernement, avec le ministre de l’intérieur en tête de proue, ne mène à rien. Pire, elle met en danger la santé des usager·es, diminue l’accès aux soins et au suivi social, ce qui porte clairement atteinte au droit fondamental à la santé des usager·es de crack, selon la Défenseure des Droits.

Préserver la sécurité publique nécessite donc de travailler à la santé publique, et en premier lieu à la réduction des risques avec un accompagnement social renforcé : maraudes, salles de consommation à moindre risque, salles de repos et hébergements. Selon une étude indépendante de l’Inserm,« 87% des [bénéficiaires du dispositif Assore, qui permet d’heberger des usager·es de crack] ont déclaré une évolution de leur consommation de crack à la baisse depuis leur entrée dans un hébergement Assore : 68% l’ont diminuée et 19% l’ont complètement arrêtée ». Les solutions existent, et fonctionnent.Les riveraines et riverains ont un rôle à jouer : celui d’accompagner les projets de structures de réduction des risques et d’accompagnement social pour les usagers et usagers de crack dans leur quartier. C’est tout le projet de l’association SAFE Contrôle que j’ai rencontrée, un collectif de riverains du quartier de Figuerolles à Montpellier, qui  appelle de ses vœux la mise en place d’une salle de consommation à moindres risques dans leur quartier, et demande d’accroître les mesures d’accompagnement et de soutien. Une piste à suivre pour Paris !

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