Lundi 1er juillet 2024, je me suis rendue avec mon collègue Jacques Fernique, sénateur écologiste du Bas-Rhin, au centre pénitentiaire de Mulhouse-Lutterbach pour nous assurer des conditions de détention de Christian Tein, leader du mouvement en Kanaky-Nouvelle Calédonie – la CCAT. Récemment mis en examen, Christian Tein a été transféré dans l’Hexagone pour sa participation aux événements de Nouvelle-Calédonie.
C’est à cette même date, le 1er juillet 2024, qu’aurait due être mise en application ladite loi constitutionnelle sur le dégel du corps électoral en Kanaky sans la dissolution de l’Assemblée nationale.
« Je suis un prisonnier politique », a affirmé le leader indépendantiste, dans une salle attenante à sa cellule. « 30 ans de paix ont été foutus en l’air en une journée par le coup de force d’un ministre de l’intérieur et d’un président de la République. Il faudra retrouver la table de négociation pour une paix durable ».
Calme et coopératif avec le personnel pénitentiaire et la direction, Christian Tein a affirmé qu’il les trouvait « très sympas et accueillants » et qu’ils l’ont « aidé à s’installer malgré tout ».
Cependant, la réalité s’impose. Christian Tein est en quartier d’isolement depuis son arrivée au centre pénitentiaire, décision à laquelle il ne s’est pas opposé, disant avoir besoin « de calme », mais s’avérant très perturbé par cette solitude soudaine et imposée, qui contrevient à la conclusion du juge en Nouvelle-Calédonie. En effet celui-ci avait décidé à l’issue de sa mise en examen qu’il serait transféré sine die en France comme ses 6 autres camarades de lutte, et à l’encontre de toute jurisprudence en la matière, mais qu’il ne serait pas à l’isolement. Et bien non. Celui-ci ne voit aucun co-détenu depuis son transfert. Il n’a accès qu’à une petite cour de promenade individuelle et au béton verdi par l’humidité et l’ombre. Seule consolation : à l’image de cette nouvelle prison construite en 2021, sa cellule est propre et moderne avec sanitaires intégrés.
Derrière une bientraitance manifeste dans cette prison, des problèmes subsistent. D’abord une difficulté d’accès à son avocat, resté à Nouméa, qu’il n’a pu appeler qu’une seule fois 30 minutes, grâce à une aide financière d’urgence, mais pas plus, faute de financement supplémentaire pour le moment. Impossible pour lui également pour l’heure de contacter les deux autres avocats devant s’occuper de son affaire, résidant eux en métropole, et ce manifestement également faute de budget téléphonique et compte tenu du tarif élevé des appels depuis le centre pénitentiaire. Lors de la visite, il a demandé à la directrice adjointe si un virement bancaire était arrivé depuis la Nouvelle-Calédonie, malheureusement l’information ne lui était pas encore parvenue.
Christian Tein est enfin très soucieux de savoir s’il pourra voir sa compagne, censée arriver dans quelques jours à Mulhouse et avec qui il n’a même pas pu échanger au téléphone, tant que le juge en Nouvelle-Calédonie n’a pas levé l’interdiction. De même, il s’inquiétait du sort de ses collègues, eux aussi déplacés en Hexagone et particulièrement de deux mamans de jeunes enfants : Frédérique Muliava, directrice du cabinet du président du congrès Roch Wanytan et Brenda Wanabo-Ipeze, chargée de la communication de la CCAT rencontrées respectivement aux prisons de Riom et de Dijon par nos collègues sénateur.ice.s écologistes Raymonde Poncet-Monge et Thomas Dossus ce même jour.
Malgré son déplacement sans précédent, pendant lequel il n’a cessé d’être menotté et aujourd’hui à 17 000 km de chez lui, il a tenu à rappeler sa considération à l’égard de l’État français. « Chacun doit y mettre du sien » disait-il en soulignant les négociations qui devront être entamées pour que cesse le drame calédonien. Se souciant toujours et avant tout d’une démocratie vacillante, il a tenu à donner procuration et était très attentif aux résultats des législatives dans les circonscriptions kanaks.
Suite à cet échange, nous avons tenu à rappeler le soutien écologiste au peuple kanak dans leur lutte pour son autodétermination et contre tous les processus coloniaux qui souhaitent la criminaliser.
Nous rappelons combien l’indépendance de la justice est un fondement de notre démocratie, sous peine de rappeler les heures sombres de la France coloniale et ses justices d’exception. Nous demanderons au futur Premier ministre le retour d’un dialogue avec le peuple kanak, la libération des prisonniers de la CCAT et dès aujourd’hui leur retour en Nouvelle-Calédonie.

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