Au Sénat, un cycle d’échange sur les addictions pour faire bouger les lignes

Le 28 février, j’ai ouvert au Sénat un cycle d’échange sur les addictions, qui veut rassembler associations, parlementaires de tous bords et élu·es engagé·es. Il se poursuivra à partir d’ octobre prochain et portera notamment sur les questions de fiscalité comportementale, d’usage de drogues chez les femmes, et de la dépendance à l’alcool.

En présence de la Fédération addictions, de l’association France Addictions et de la sociologue de l’INSERM, spécialiste des drogues Marie Jauffret-Roustide, avec de multiples parlementaires, de l’Assemblée nationale et du Sénat, et de tous bords politiques, nous avons pu dresser le 28 février un état des lieux des principaux chantiers qu’il reste à mettre en œuvre en matière de réduction des risques et d’addictions. Une question est restée au centre de toutes les préoccupations : l’addiction chez les jeunes.

L’Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) souligne que les jeunes ne consomment pas nécessairement plus qu’auparavant, mais leur manière de le faire a évolué. La détérioration de la santé mentale chez les jeunes les pousse parfois vers la prise de substances comme une forme d’auto-thérapie. Pourtant, des travaux, tels que ceux de la sénatrice Nathalie Delattre, mettent en lumière l’importance cruciale de travailler sur la santé mentale des jeunes pour comprendre et prévenir les comportements addictifs. Sa proposition de résolution, invitant le Gouvernement à ériger la santé mentale des jeunes en grande cause nationale, a été adoptée par le Sénat le 17 janvier 2024.

Les écrans et les réseaux sociaux représentent un risque majeur chez les jeunes. La vente de produits via des plateformes comme Whatsapp ou Télégram  est devenue monnaie courante, ouvrant la voie à de nouveaux défis en matière de régulation,de prévention et de réduction des risques. Les addictions liées aux écrans touchent aussi les plus jeunes, à ce propos, l’ex-députée Caroline Janvier a déposé une proposition de loi relative à la prévention de l’exposition excessive des enfants aux écrans.

Il est également ressorti qu’une attention particulière doit être portée aux femmes usagères de drogues et en particulier celles issues de minorités ethniques, qui demeurent largement invisibles dans les politiques publiques. L’amélioration de la prise en charge, notamment par un lien renforcé entre addictologie et psychiatrie ou par la mise en place de traitements spécifiques, est cruciale pour répondre adéquatement à leurs besoins.

Le cannabis est un sujet malmené par les politiques de tout bord, qui véhiculent un certain nombre de clichés quant à sa légalisation. J’ai fait appel à deux chercheur·ses spécialiste du sujet, Christian Ben Lakhdar, économiste de la drogue et Marie Jauffret-Roustide, anthropologue le 15 mai pour un deuxième cycle addiction. Co-organisé avec mon collègue Thomas Dossus, il a présenté lors de ce petit déjeuner sa proposition de loi légalisant le cannabis, qui retranscrit le modèle allemand. En effet, le gouvernement allemand a légalisé le cannabis récréatif depuis le 1er avril. Par ailleurs, une proposition intéressante d’une parlementaire suggère l’idée d’une convention citoyenne sur le cannabis pour permettre une prise de décision inclusive. 

La coordination entre les différents acteurs, qu’ils soient politiques, professionnels de la santé ou de la recherche, est indispensable pour élaborer des solutions efficaces et adaptées à la complexité des addictions contemporaines. Les enjeux liés aux addictions nécessitent une réflexion approfondie et une action concertée de la part de l’ensemble de la société, et non une réponse idéologique comme a été la ligne du gouvernement sortant – réponse qui nous mène dans le mur sans répondre à aucun problème. Seule une approche prenant en compte les dimensions sociales, culturelles et psychologiques, permettra de relever ces défis avec succès et d’offrir à tous et toutes les outils nécessaires pour vivre dignement.

L’enjeu de ce cycle addiction est d’enrichir nos débats et arriver à formuler des propositions cohérentes, utiles et innovantes dans l’enceinte parlementaire. Le budget, qui est discuté durant l’automne, est une échéance importante, sur laquelle la question des addictions peut-être envisagée sous l’angle d’une fiscalité comportementale. 

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