En Turquie, une fragile victoire de l’opposition aux élections locales pour la démocratie et les droits des minorités 

Le dimanche 31 mars 2024 je me rendais avec Jérôme Gleizes, conseiller de Paris, en Turquie pour observer le déroulement des élections municipales à l’invitation du parti vert DEM. Des centaines d’observateurs internationaux, venant de divers horizons, étaient motivés comme moi par l’espoir de la montée progressive des partis démocratiques malgré les obstacles et répressions du pouvoir en place. 

À Diyarbakir, une ville à majorité kurde du sud de la Turquie, j’ai été témoin de tentatives de manipulation électorale, avec des centaines de militaires ajoutés artificiellement aux listes électorales. L’assassinat d’un candidat le matin du vote, dans un climat de tension palpable renforcé par la présence militaire massive, a souligné les risques encourus par ceux qui défendent la démocratie.

Le processus de vote, bien que globalement ordonné, était entaché par des irrégularités lors du dépouillement. Des bulletins de vote étaient suspectement comptabilisés en faveur du parti au pouvoir, dévoilant une manipulation potentielle des résultats. Cependant, les présidents des bureaux de vote m’ont permis d’observer les opérations, malgré la désapprobation des forces militaires. 

Face à cette atmosphère hostile à la démocratie, les femmes ont fait preuve d’une résistance remarquable en se mobilisant massivement pour exercer leur droit de vote, y compris dans les régions rurales. En ville, la diversité et la liberté d’expression étaient encore plus évidentes, avec une jeunesse vibrante et engagée. 

Malgré ces irrégularités électorales, la démocratie a parlé : l’AKP, le parti de M. Erdogan, a subi la pire défaite électorale en deux décennies, désenchantant le pouvoir du tout puissant chef de l’État. Aussitôt défait, M. Erdogan a invalidé l’élection du maire prokurde de la ville de Van, Abdullah Zeydan, largement en tête des élections avec 55% des voix, destitué au profit du candidat de l’AKP ayant obtenu 27% des voix. Les manifestations dans l’ensemble du pays ont permis le retour à la normale et la validation de l’élection du candidat du DEM, malgré la vague de répression policière comme à Hakkari et à Van. Sans surprise, on s’attend à une poursuite des hostilités et à un remplacement d’autres maires du parti pro-kurde DEM contre des administrateurs nommés par l’État, comme c’était le cas pour une cinquantaine de villes en 2019. 

Cette mobilisation des partis d’opposition en Turquie représente une leçon profonde sur la résilience de la démocratie face à l’adversité et sur le rôle essentiel que joue la communauté internationale dans la sauvegarde des principes démocratiques. 

Il est ainsi impératif de continuer à soutenir les voix démocratiques qui résistent à l’oppression, y compris en France. Le climat de tension imposé par les nationalistes turcs à l’égard des minorités en Turquie et dans le reste du monde ne fait qu’augmenter au lendemain des mobilisations du 24 avril pour demander la reconnaissance des génocides arménien, assyro-chaldéen et grec par l’État turc et le procès de Pinar Selek attendu le 28 juin 2024. Alors que la Turquie a démarré l’offensive guerrière à Metina dans le Kurdistan irakien, les péripéties s’accumulent en Europe : attaques des Loups gris, expulsion ou arrestation de militant.e.s ou encore perquisition de chaînes de télé kurdes en Belgique. En France, en moins de deux mois, ce sont trois militants kurdes qui ont été expulsés : Firaz Korkmaz le 27 mars, Mehmet Kopal le 9 avril et Serhat Gulltekin, le 12 avril 2024.

J’adresse ainsi tout mon soutien au peuple kurde, je continuerais à lutter à leurs côtés face à la répression du gouvernement turc et pour faire triompher la démocratie.

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