“Du fric pour l’école publique” : alors que les enseignant.e.s de collèges et lycées se mobilisaient massivement pour faire grève le mardi 2 avril, la commission des affaires culturelles et de l’éducation de l’Assemblée nationale examinait un rapport accablant sur le financement public de l’enseignement privé.
Le rapport de la mission d’information examiné le 2 avril constate du manque de transparence et des difficultés d’évaluation des dépenses publiques allouées à l’enseignement privé sous contrat. Le modèle de financement qui repose sur un ratio de 80-20 entre public et privé serait actuellement « plus favorable aux établissements privés ». Les financements publics du privé seraient ainsi largement sous-estimés alors que les politiques de financement sont mortifères pour les établissements publics. A Paris, ce sont 173 classes qui fermeront à la rentrée 2024. Dans le 14ème arrondissement, le rectorat de Paris a annoncé la fermeture de 12 classes du premier degré accompagnées de suppressions de postes d’enseignants. Les associations de parents sont mobilisées pour manifester contre ces fermetures. Les travaux de Julien Grenet dévoilent la gravité de la répartition entre public et privé : en l’état actuel des choses, le privé sous contrat passera la barre des 50 % tous degrés confondus à Paris dans dix ans. Ces fermetures sont justifiées de la part de l’académie par la baisse démographique, avec 30% en moins d’élèves au total, et pourtant …. les fermetures de classes s’appliquent cependant seulement au public et non au privé, alors que la part d’élèves dans le privé augmente. J’ai interpellé la ministre chargée de l’Education nationale sur la fermeture de ces classes.
A cette opacité troublante du financement s’ajoute un manque de contrôle des établissements privés comprenant notamment la tacite reconduction des contrats signés avec l’État ou encore un contrôle insuffisant de l’instruction religieuse. Comme le rappelait la sénatrice écologiste Monique de Marco, au rythme actuel, les établissements privés, largement financés par l’Etat, ne recevraient une inspection qu’une fois tous les 1500 ans.
Les co-rapporteurs du rapport examiné par l’Assemblée soulignent également la nécessité de contrôler la mixité sociale dans les établissements privés. En effet, d’après les travaux de Julien Grenet, une école privée pourrait scolariser 76 % des classes supérieures, laissant les classes moyennes et populaires au public. Si la baisse démographique ne s’accompagne pas de fermeture de classe dans le privé, au même titre que dans le public, un risque de grave ségrégation sociale est à craindre dans la capitale. L’égalité ne doit pas être un luxe en République française. La reproduction sociale et le déterminisme imposés à nos futures générations ne doit pas être une fatalité.
Et pour cause, les enseignant.e.s manifestaient ce mardi contre le “choc des savoirs”, réforme promise par notre Premier Ministre. Le 5 octobre 2023, Gabriel Attal, alors ministre de l’Éducation nationale annonçait mettre en place pour l’école publique des groupes de niveau au collège dès la rentrée 2024 pour les classes de 6e et de 5e, puis les classes de 4e et de 3e en septembre 2025. Le tri social n’est pas une option envisageable face au manque de financement de l’enseignement public. La réforme est urgente : revalorisation salariale des enseignant.e.s, diminution des effectifs en classe, réduction du volume horaire… du fric pour l’école publique !
Monique de Marco et les écologistes ont déposé un recours devant le Conseil d’Etat en excès de pouvoir concernant le “choc des savoirs” qui entraîne une rupture d’égalité des élèves et des manquements graves au code général de la fonction publique.
C’est une urgence démocratique.

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