Le 5 décembre 2023, j’ai questionné le gouvernement sur la hausse des guets-apens homophobes, et sur les actions mises en plce pour enrayer ce phénomène.
« En France, on humilie, on frappe, on vole, on tue des homosexuels dans le plus grand des silences. »
Selon une enquête de Mediapart, 300 personnes gays seraient tombées dans un guet-apens homophobe entre 2017 et 2021. Un chiffre surement sous-estimé du fait de la honte, ou de la peur de devoiler leur homosexualité, et car trop peu de personnes osent déposer plainte face aux trop nombreux obstacles. En 2022, il s’agirait d’une agression tous les 3 jours. Samedi dernier encore, un homme fut victime d’une agression homophobe dans le Val d’Oise, dans un guet-apens meurtrier (pour l’un des agresseurs).
Face à la multiplication de ces agressions, SOS homophobie a appelé le Gouvernement à interdire d’accès le site de rencontres Coco et à obliger les sites de rencontres à diffuser des messages d’alerte et de prévention. Il faut en effet faire tout ce qui est possible pour mettre fin à l’impunité de ce site, qui est devenu un terrain de chasse pour les homophobes, et du moins le sécuriser, sinon le rendre le moins accessible possible. Que peut faire le Gouvernement face à ce genre de site ? Qu’a-t-il prévu pour attaquer en justice les responsables de ce site ?
Il faut également faciliter le dépôt de plainte en formant les gardiennes et gardiens de la paix aux discriminations LGBTQ-phobes et en permettant le dépôt de pré-plaintes par téléphone. Ce n’est plus acceptable qu’en 2023 on refuse de prendre une plainte, ou qu’on rie à la figure d’une personne victime d’homophobie, qui a déjà dû prendre son courage à deux mains pour venir déposer plainte.
Mon interview à Komitid pour en savoir plus sur sa démarche.
Komitid : qu’est-ce qui a motivé votre volonté d’interpeller le gouvernement sur les guets-apens homophobes ?
Il faut parler de ce fléau invisible, ou plutôt « invisibilisé ». C’est environ une personne gay qui est victime d’un guet-apens homophobe par semaine. Des homosexuels sont humiliés, frappés, parfois tués dans le plus grand silence, sans que cela n’émeuve personne. Les récits d’agressions s’accumulent, et les réponses gouvernementales sont absentes. Il y a aussi de grandes difficultés pour les victimes de faire reconnaître le caractère homophobe de l’agression du fait de la violence de l’attaque et de la honte ressentie, ce qui par ailleurs est très difficile pour des personnes qui ne sont pas forcément out auprès de leurs proches. Si pour Joël Deumier, le président de SOS Homophobie, « les guets-apens font l’objet d’une loi du silence », le rôle des politiques est de briser le silence sur ces guets-apens homophobes, et de mettre sur la place publique ce sujet pour des avoir des réponses claires, des solutions et une réelle volonté de l’Etat pour mettre fin à ce fléau.
Komitid : Quelles seraient selon vous les mesures concrètes qui pourraient être mises en place contre ce phénomène ?
De nombreuses victimes rencontrent leur futur agresseur sur le site de discussion en ligne Coco. Hébergé sur l’île de Guernesey, et propriété d’une société bulgare, on nous dit qu’il est aujourd’hui difficile de fermer ce site qui est devenu un terrain de chasse pour les homophobes pour appâter des potentiels cibles, et ainsi les voler, les tabasser ou les humilier, jusqu’à les tuer. Le gouvernement doit faire tout ce qui est possible pour le rendre le moins accessible, et restreindre son accès à un plus grand nombre. Je rejoins la proposition de SOS homophobie d’exiger des sites de rencontres concernés par les guets-apens de mettre en place un dispositif de prévention par la diffusion de messages d’alerte qui doivent apparaître dans les espaces de discussion. Mais il faut aller plus loin, je pense qu’il faut réfléchir à certaines dispositions exigeant des fournisseurs d’accès à internet de bloquer l’accès des sites qui permettent voire propagent la violence sans réagir, comme on le fait déjà pour certains sites. Cela signifie une volonté politique et des changements législatifs : comme pour toute affiche ou tout journal est sous la responsabilité finale de l’imprimeur, les sites doivent être sous la responsabilité de l’hébergeur. Dans ce cas précis, il faudrait que Coco et les sites concernés soient tenus de mener des campagnes publiques pour informer et sensibiliser sur ces guets-apens sous peine d’être fermés. Mais avant tout, c’est une volonté politique affichée de l’Etat qui doit montrer qu’on ne peut pas, en France, « casser du pédé » en toute liberté. Dans le même ordre d’esprit, et comme pour toutes les violences sexistes et sexuelles, il faut former les policiers à prendre les plaintes, notamment lors d’agressions homophobes. Combien de personnes LGBTQ+ refusent de porter plainte de peur qu’on minimise la violence qu’ils ou elles ont reçu ? Qu’on ne retienne pas la circonstance aggravante ? Il est grand temps de changer cela.
Komitid : Qu’avez-vous pensé du débat consacré à la reconnaissance de la responsabilité de l’Etat dans la discrimination homophobe entre 1942 et 1982 ?
C’est toujours le même sujet, c’est la prise en compte de la violence envers les personnes LGBTQ, ici les homosexuel·les. C’est toujours le même schéma, des personnes ciblées parce que gay ou lesbienne. Des policiers se faisaient même passer pour des homosexuels afin de prendre sur le fait des homosexuels et pouvoir les condamner. Ces deux sujets sont liés, ce sont le symptôme d’une homophobie constante, de l’arrestation d’homosexuels et de leur fichage jusqu’en 1982, jusqu’au laisser faire des autorités de ces guets-apens qui ne datent pas d’hier. En effet, comme le montre le documentaire de Médiapart, les années 90 sont des années noires pour les homosexuels, où près de 20 % des dossiers à cette époque à la Brigade criminelle concernaient des meurtres d’homosexuels. Il s’agissait dans cette proposition de loi de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans la criminalisation de l’homosexualité. Et cette criminalisation a institutionnalisé la haine contre les homosexuel·les, comme les guets-apens d’aujourd’hui. Il est temps de le reconnaître, et de réparer les dommages causés. La question des dates n’est pas secondaire. Ne pas vouloir prendre en compte les années vichystes, parce que ce n’était pas la République Française est très grave, surtout lorsqu’on sait que le système de pénalisation est resté quasiment identique de 1942 à 1982, sans compter que Vichy a bien été mis en place par notre parlement républicain.

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